De la procession au papillon

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Les belles journées de printemps nous encourage à passer un maximum de temps dehors pour profiter du jardin et des activités extérieures. Mais le lendemain matin venu, ça gratte!!! Des moustiques féroces pendant la nuit? Des puces ou autres insectes de jardin? Rien de tout cela, il s’agirait de poils, mais quels sont ses poils qui peuvent me démanger autant me poussant à me gratter depuis ce matin?


-Présentation-

Voilà la coupable: la chenille processionnaire… Oui mais laquelle?

C’est vrai qu’avec sa cousine elle se fond concurrence, l’une préfèrera le chêne alors que l’autre élira domicile sur le pin.

Pour ne pas faire de jaloux, j’ai décidé de vous en présenter qu’une seule des deux!!! Ah ah ça va mettre le bordel dans la famille!!!

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Tout naturellement je me suis senti plus proche de la chenille processionnaire du chêne, peut être un lien avec le fruit… ou bien parce que c’est celle qui sévit en ce moment dans le Nord de la France.

Elle doit son nom de processionnaire à la longue file que forme les chenilles lorsqu’elles descendent l’une derrière l’autre de l’arbre.

Sa designation scientifique est Thaumetopoea processionea mais son nom de Serial Killer est “la dévoreuse des forêts”.

Pourquoi? On le verra un peu plus loin!!!

Facilement reconnaissable par sa couleur gris argenté et recouverte de longs poils soyeux, la chenille processionnaire n’est que la forme intermédiaire du processus de transformation entre la larve et le papillon Imago.

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Après avoir volé durant l’été, ce papillon de nuit se reproduira et la femelle pondra au sommet des arbres, dès la fin de la saison estivale, afin que ses œufs éclosent au printemps suivant. Les futurs larves passeront par six transformation (cinq mues et une nymphose) qui durera environ trois mois avant de devenir papillon.

Dès leur naissance, elles commencent à se nourrir la nuit de jeunes pousses et profitent de la journée pour se déplacer toujours en cortège impressionnant et tissent une enveloppe de fils leur permettant de s’abriter pendant chaque mue.

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Une fois prêtes à se transformer en papillon, elles se confectionnent un nid bien plus imposant (jusqu’à 1m de long) et solide, positionnés le plus souvent sur les troncs ou grosses branches.

Elles resteront dans leur chrysalide le mois de leur ultime transformation de chenilles en papillons.

Cycle des différentes mues de la chenille processionnaire du chêne

Si l’envie vous prend de découvrir l’autre membre de sa famille: la chenille processionnaire du pin

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-Conséquences de l’invasion-

Réchauffement climatique? Envie de colonisation? La chenille processionnaire envahit tout le territoire français et plus aucun département n’ est épargné. Car même si le papillon ne vie que quelques jours, le mâle peut parcourir jusqu’à 40 km en une journée, la propagation est donc rapide sur la dernière décennie.

Déforestation

Revenons à son surnom de grandes dévoreuse des forêts.

Bon alors pourquoi?

Parce qu’elle a faim!!! Après s’être retenue jusqu’à la venue des premiers bourgeons, elle ne pourra plus se retenir de manger durant toute ses transformations.

Et aussi parce qu’elle n’est pas seule dans son nid, elles se regroupent à plus d’une centaines d’individus recouvrant ainsi le chêne qu’elles occupent d’un léger voile de fils soyeux.

Après avoir coloniser surtout les chênes isolés ou en lisière de forêt, les chenilles mangeront les bourgeons naissants durant tout leur cycle d’évolution. Ceci affaiblissant l’arbre hôte le laissant en proie aux maladies, parasites et champignons pouvant même aller jusqu’à la destruction de l’arbre si celui ci est choisi plusieurs années de suite pour héberger ce compagnon envahissant.

Poils urticants

Le printemps sonne l’éclosion des larves et après le troisième stade de mutation, elles se voient dotées d’une arme redoutable, des petites poches situées sur la face abdominale et qui renferme des milliers de poils urticants de moins d’un millimètre, que la chenille pourra libérer en cas de danger.

Photo de poils urticants

A ne pas confondre avec les grands poils blancs d’ornementation caractéristiques à la chenille processionnaire mais qui eux ne sont pas dangereux.

La thaumétopoéfine est la protéine urticante responsable des démangeaisons et qui se trouve dans ces minuscules poils légers.

Aidé par le vent, ils se rependent jusqu’à plusieurs kilomètres avant de se poser sur la peau, muqueuses et le frottement permettra aux poils de se briser libérant ainsi le venin urticant.

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C’est le début de vives démangeaisons dans le meilleur des cas, puisque en cas d’allergie de grosses plaques rouges feront leur apparition et la consultation d’un médecin sera indispensable.

Mais le cas le plus grave et l’approche ou le contact direct avec les nids qui renferment des milliers de poils qui seront libérés directement sur l’individu en grande quantité provoquant des réactions bien plus graves comme vertiges, oedèmes, accidents oculaires nécessitant une prise d’antihistaminiques.

Les poils et nids gardent leur pouvoir urticant pendant plusieurs mois voir des années après la fin de la période de mutation, donc attention où vous mettez les pieds!!!

Il faut également surveiller la santé de nos animaux domestiques qui peuvent être aussi touchés surtout au niveau des muqueuses (bouche, langue, truffe) et consulter un vétérinaire en cas de complications.


-Régulation-

Il est important de réguler l’évolution de ces chenilles urticantes pour ne pas se retrouver débordé et risquer une crise sanitaire à l’arrivée des beaux jours.

Les moyens de se débarrasser de la chenille sont variés, que se soit de manière naturelle ou par l’intervention direct de l’homme, il faut toutefois prendre ses précautions car ses poils sont toujours

actifs même après sa disparition.

Mésange charbonnière

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Le moyen le plus naturel, est d’utiliser un de ses prédateurs pour réguler la population de chenille processionnaire.

Parmi tout les oiseaux prédateurs, la mésange charbonnière est l’alliée toute trouvée puisqu’elle est un des rare à se nourrir de la chenille à tout ses stades de mutation.

Elle sait comment se débarrasser des poils urticants, et pour nourrir ses petits, peut consommer une quantité de 500 chenilles journalières.

C’est pourquoi des perchoirs à mésanges installés tout les 30 mètres sur toute la zone concernée permettent d’attirer ses dernières pour une solution naturelle et efficace.

Piège collier

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Ce piège est surtout utilisé pour la chenille processionnaire du pin, car contrairement à celle du chêne, elle effectuera sa dernière transformation (la nymphose) sous terre, ce qui l’oblige à descendre de l’arbre en procession.

Le piège s’installe sur le tronc de l’arbre infesté et consiste à bloquer le passage aux chenilles pour les forcer à emprunter une goulotte qui les conduira directement dans un sac en plastique où elle seront emprisonnées. Le sac remplit de terre leur donnera l’impression d’être arrivé au sol et commenceront leur enfouissement pour préparer leur mutation.

Il ne reste plus qu’à retirer le piège pour incinération.

La bactérie Bacillus thuringiensis

Cette bactérie souvent utilisée dans l’agriculture bio à comme propriété de synthétiser des cristaux à base de protéines, mortellement toxiques pour certains insectes. La bactérie détruit les cellules de l’intestin de la larve en contact avec cette toxine, provoquant la mort de la chenille.

D’abord pulvérisé en grande quantité par voies aériennes, cette pratique trop dévastatrice pour les autres espèces d’insectes et invertébrés sensibles à cette bactérie fut abandonnée. On lui préfèrera l’utilisation de canon atomiseur permettant de cibler la zone à traiter.

Cette pratique est assez efficace mais plus longue à mettre en œuvre puisque les zones couvertes par l’utilisation du canon sont réduites.

Les pièges à phéromones

Les phéromones sont utilisées lors du dernier stade de la transformation de la chenille, de juillet à septembre, quand elle a muée en imago.

Des effluves reproduisant l’odeur sexuelle de la femelle papillon permettent de tromper les mâles et de les attirer dans un piège d’où ils ne pourront plus ressortir.

Si les papillons ne se reproduisent pas, ils n’y aura pas d’œufs non plus, donc pas de chenilles.

Ces pièges se placent en haut des chênes, au nombre de un à deux par arbre pour une réelle efficacité.


-Conclusion-

Les poils urticants de la chenille processionnaire devait être un moyen efficace de se protéger contre les attaques d’autres prédateurs, mais il s’avère que cette arme est tellement puissante qu’elle affecte tout les êtres vivants à des kilomètres à la ronde. En mettant la lumière sur elle, la chenille s’expose aux sanctions directes de l’homme pour assurer sa propre protection.

Des moyens naturels peuvent être apportés pour gérer cette population quelque peu envahissante, espérons que la régulation soit faite de façon intelligente pour ne pas affecter la biodiversité et ne pas retirer définitivement un maillon de la chaîne alimentaire qui représente l’équilibre de la vie sur terre.

Informations supplémentaires:

chenille processionnaire du chêne

chenille processionnaire du chêne

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chenille processionnaire du pin

mésange

piège collier

régulation

Bacillus thuringiensis

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